Comment, pour un auteur, rapporter la parole de l’autre sans la trahir ?

Dans le cadre du projet littéraire "Le Blosne, mode d’emploi", Arno Bertina multiplie les entretiens avec les habitants du quartier, comme avec ceux qui y travaillent. Ces rencontres ne sont pas sans créer chez les écrivains une obligation de loyauté vis à vis des personnes qui se seront confiées.

Nous vous proposons d’explorer cette question passionnante au cours de la soirée avec Arno Bertina et deux de ses invités qui viennent de faire paraitre deux nouveaux romans.

Entre 2015 et décembre dernier, Arno Bertina a multiplié les séjours au Congo (à Pointe-Noire comme à Brazzaville) pour aider de très jeunes femmes à raconter leur histoire. Orphelines ou abandonnées par leurs parents, obligées de se prostituer pour survivre, déjà mères à l’âge où elles devraient encore fréquenter le lycée, ces mineures ont vécu l’enfer. Désormais prises en charge par une petite ONG franco-congolaise, elles entrevoient la possibilité de reprendre goût à la vie.

Mais en travaillant avec elles, l’écrivain s’est heurté à des questions qu’il ne soupçonnait pas : comment restituer la parole de quelqu’un sans la transformer, sans la trahir ? Comment faire entendre la joie qui persiste sans que celle-ci oblitère la dureté de ce qu’elles vivent par ailleurs ?

Egalement romancier, Nicolas Fargues connait bien l’Afrique sub-saharienne (notamment le Cameroun) pour y avoir vécu, et la plupart de ses romans explorent la question de l’exotisme, du rapport à l’étranger, de la possibilité de sortir de soi. Dans Je ne suis pas une héroïne, paru en janvier de cette année, il se glisse dans la peau de Géralde, jeune femme noire d’une trentaine d’années. Un homme blanc peut-il deviner le regard d’une femme noire, sa façon d’appréhender le monde ?

Si Arno Bertina s’approche de l’écriture documentaire avec ce travail sur la prostitution et la violence sociale, Nicolas Fargues persiste, lui, dans l’écriture de fictions, tout comme Kossi Efoui, avec son dernier roman. Dans le Cantique de l’acacia l’écrivain né dans le Golfe de Guinée, nous donne à lire l’histoire de trois femmes révoltées par les conditions qui leur sont faites, entre misère et domination patriarcale. Habitué à écrire aussi pour le théâtre, Kossi Efoui sait donner vie à des voix puissantes, qu’il nous fera entendre.